Besoin de plus de renseignements ?
- Le principe hors succession posé par le code des assurances
- Ce que change le PLF 2027 pour l’assurance-vie
- Quand l’assurance-vie réintègre la succession
- Fiscalité de l’assurance-vie au décès, avant et après 70 ans
- Contester un contrat d’assurance-vie en tant qu’héritier
- Parole d’avocat
- Questions fréquentes sur l’assurance-vie hors succession
- Le capital doit-il figurer dans la déclaration de succession ?
- Le notaire s’occupe-t-il de l’assurance-vie ?
- Peut-on renoncer à la succession et garder l’assurance-vie ?
- Les créanciers du défunt peuvent-ils récupérer le capital ?
- Que se passe-t-il si le bénéficiaire refuse le capital ?
- Un contrat luxembourgeois est-il concerné par le PLF 2027 ?
- Ce qu’il faut retenir
Mis à jour le 2 octobre 2026, d’après le projet de loi de finances déposé le 1er octobre 2026.
L’assurance-vie reste un outil central de transmission en France. Le projet de loi de finances pour 2027, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, évalue à près de 2 200 milliards d’euros l’épargne placée sur ces contrats. Son article 6 prévoit de retirer l’avantage fiscal au décès aux contrats qui ne respectent pas certaines règles d’investissement.
Beaucoup de souscripteurs pensent que le capital échappe toujours à la succession. Ce principe existe, mais il connaît des exceptions. Un versement très important, fait tard dans la vie, peut être réintégré dans la succession à la demande des héritiers. Un avocat en droit des successions aide à sécuriser un contrat ou, à l’inverse, à contester un contrat qui prive des héritiers de leur part.
Le principe hors succession posé par le code des assurances
Selon l’article L132-12 du code des assurances, le capital versé au bénéficiaire ne fait pas partie de la succession de l’assuré. Il n’entre pas dans les biens à partager entre les héritiers. Il obéit à une fiscalité propre, sauf pour les primes versées après 70 ans, soumises en partie aux droits de succession.
Le bénéficiaire désigné dispose d’un droit propre sur le capital. L’article L132-13 ajoute que les sommes versées ne sont ni rapportables à la succession ni réductibles, même si le bénéficiaire est aussi héritier. Seule exception : les primes manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur.
La clause bénéficiaire, élément central du contrat
Tout repose sur la clause bénéficiaire. La clause type « mon conjoint, à défaut mes enfants » convient à beaucoup de situations. Elle peut en revanche être mal adaptée aux familles recomposées, où le souscripteur souhaite souvent protéger à la fois son conjoint et les enfants d’une première union.
Une fois la clause acceptée par le bénéficiaire, le souscripteur ne peut plus la modifier ni racheter le contrat sans son accord. Cette règle de l’article L132-9 du code des assurances est souvent méconnue. Elle peut bloquer le souscripteur des années plus tard.
La clause peut aussi être démembrée. Le conjoint reçoit alors l’usufruit du capital et les enfants la nue-propriété. Le conjoint peut utiliser les fonds, mais il devra une créance de restitution aux enfants. Cette dette reste en principe déductible de sa succession, car l’article 774 bis du CGI ne vise que l’usufruit qu’un défunt s’était réservé. Ce démembrement de propriété demande une rédaction précise, sous peine de litiges entre héritiers.
Ce que change le PLF 2027 pour l’assurance-vie
Le projet ne touche ni aux abattements ni aux taux applicables au décès. Il réserve en revanche ces avantages aux contrats qui remplissent trois conditions cumulatives :
- les primes versées depuis le 1er octobre 2026 doivent être payées en argent, et non en titres ;
- les supports en unités de compte doivent présenter des caractéristiques proches de ceux autorisés par le code des assurances ;
- un fonds dédié ne peut pas contenir de titres émis par le souscripteur, l’assuré, le bénéficiaire, leur famille proche ou les sociétés qu’ils contrôlent.
Pour les décès survenus à compter du 1er juillet 2027, un contrat non conforme serait taxé comme un héritage ordinaire. Le capital supporterait les droits de succession selon le lien de parenté, sans l’abattement de 152 500 euros. Selon l’exposé des motifs, l’immense majorité des contrats respecte déjà ces règles. Sont surtout visés les contrats alimentés par des titres de la société familiale et certains contrats étrangers, que l’exposé des motifs cite expressément.
Ce texte n’est encore qu’un projet, que le Parlement examinera jusqu’en décembre. Il complète le décret du 30 avril 2026, qui a déjà resserré la liste des supports autorisés en assurance-vie et dans les plans d’épargne retraite. Le projet de loi de finances 2027 contient aussi d’autres mesures qui touchent les successions.
Les échéances à suivre d’ici l’adoption du texte
Le contenu de cette partie peut devenir inexact pendant le débat parlementaire. Un amendement pourrait par exemple déplacer la date du 1er juillet 2027 ou préciser les supports autorisés. Les règles présentées ici sont celles du projet déposé le 1er octobre 2026.
Voici le calendrier à surveiller :
- vers le 10 novembre 2026, fin du délai de 40 jours laissé à l’Assemblée nationale pour voter le texte en première lecture ;
- en novembre et décembre 2026, examen par le Sénat, puis commission mixte paritaire en cas de désaccord ;
- vers le 10 décembre 2026, fin du délai de 70 jours laissé au Parlement par l’article 47 de la Constitution ;
- fin décembre 2026, décision éventuelle du Conseil constitutionnel, puis publication de la loi au Journal officiel ;
- 1er juillet 2027, application des nouvelles conditions aux décès et aux contrats souscrits avant le 1er octobre 2026.
Un contrat non conforme peut en principe encore être régularisé, car le projet apprécie les conditions à la date du décès. Les titulaires d’un contrat adossé à un fonds dédié ont donc jusqu’au 1er juillet 2027 pour le faire vérifier, si le texte est adopté en l’état. En revanche, un versement en titres effectué depuis le 1er octobre 2026 ne remplit déjà plus la première condition. Cet article sera mis à jour après chaque étape.
Quand l’assurance-vie réintègre la succession
Le principe hors succession peut être écarté dans quatre situations. Le tableau les résume.
| Situation | Conséquence | Qui peut agir |
|---|---|---|
| Primes manifestement exagérées | Les primes en cause entrent dans le calcul de la réserve et peuvent être réduites | Les héritiers réservataires |
| Requalification en donation indirecte | Le capital suit les règles du rapport et de la réduction | Les héritiers |
| Clause modifiée sous influence ou par une personne qui n’était pas saine d’esprit | La désignation peut être annulée | Les héritiers ou le bénéficiaire évincé |
| Aucun bénéficiaire, ou bénéficiaire décédé sans remplaçant | Le capital revient à la succession et suit les droits de succession ordinaires | Sans action à engager |
Les primes manifestement exagérées
Aucun seuil chiffré ne définit une prime exagérée. La Cour de cassation, réunie en chambre mixte le 23 novembre 2004, a fixé la méthode. Le caractère exagéré s’apprécie au moment de chaque versement, au regard de l’âge du souscripteur et de sa situation patrimoniale et familiale. Dans cette affaire, des primes représentant un quart du patrimoine mobilier d’une souscriptrice de 65 ans n’ont pas été jugées exagérées. La jurisprudence ultérieure tient aussi compte de l’utilité du contrat pour le souscripteur.
Un gros versement fait à un âge avancé, qui représente l’essentiel du patrimoine, attire donc l’attention des juges. Les primes jugées exagérées sont alors intégrées au calcul de la réserve héréditaire. Les enfants dont la part est entamée peuvent engager une action en réduction.
Donation indirecte, captation et recel
Le contrat peut être requalifié en donation indirecte si le souscripteur voulait se dépouiller de façon irrévocable au profit du bénéficiaire. Un versement massif peu avant le décès, par une personne gravement malade, peut aussi conduire l’administration fiscale à remettre en cause le contrat. Lorsque la clause a été modifiée sous l’influence d’un proche, les héritiers peuvent invoquer une captation d’héritage.
Dissimuler des sommes rapportables expose aux sanctions du recel successoral. L’héritier qui cache des primes réintégrables ou une donation requalifiée perd tout droit sur les sommes dissimulées.
Fiscalité de l’assurance-vie au décès, avant et après 70 ans
La fiscalité dépend de l’âge de l’assuré au moment de chaque versement. Le seuil de 70 ans sépare deux régimes très différents, détaillés par l’administration fiscale.
| Critère | Primes versées avant 70 ans | Primes versées après 70 ans |
|---|---|---|
| Texte | Article 990 I du CGI | Article 757 B du CGI |
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire, tous contrats confondus | 30 500 € pour l’ensemble des bénéficiaires |
| Au-delà | 20 % jusqu’à 700 000 € de part taxable, puis 31,25 % | Droits de succession selon le lien de parenté |
| Intérêts et plus-values | Taxés avec le capital | Exonérés |
| Conjoint et partenaire de PACS | Exonérés | Exonérés |
Avant 70 ans, le régime ne dépend pas du lien de parenté. Un neveu, un ami ou un concubin bénéficie du même abattement de 152 500 euros qu’un enfant. L’assurance-vie permet donc de transmettre hors de la ligne directe avec une fiscalité réduite.
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés, quelle que soit la date des versements. Un frère ou une sœur peut aussi l’être sous trois conditions cumulatives : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé, avoir plus de 50 ans ou une infirmité, et avoir vécu avec le défunt pendant les cinq ans précédant le décès.
Contester un contrat d’assurance-vie en tant qu’héritier
La protection des héritiers n’est pas automatique. Ils doivent agir et apporter la preuve du caractère exagéré des primes, de l’intention libérale ou du trouble mental du souscripteur. La seule baisse de leur part ne suffit pas.
Les délais varient selon l’action engagée. L’action en réduction se prescrit par cinq ans à compter du décès, ou deux ans à compter de la découverte de l’atteinte à la réserve, sans dépasser dix ans, selon l’article 921 du code civil. Un héritier lésé a donc intérêt à faire analyser le contrat rapidement.
L’intervention de l’avocat se déroule en trois temps. Il obtient de l’assureur l’historique des versements et le compare au patrimoine du souscripteur. Il tente ensuite une solution amiable avec les autres héritiers et le bénéficiaire. Si elle échoue, il saisit le tribunal judiciaire, en maîtrisant les règles civiles et fiscales de l’assurance-vie en matière de succession.
Ces conflits se prêtent bien à la médiation successorale. Ils opposent souvent des membres d’une même famille, avec une forte charge affective. Depuis la réforme du 1er septembre 2025, le juge dispose de pouvoirs renforcés pour orienter les parties vers un règlement amiable.
Parole d’avocat
En 2026, un homme de 41 ans nous consulte après le décès de son père, artisan, à 68 ans. La succession compte environ 60 000 euros de biens et près de 150 000 euros de dettes, surtout des cautions données pour son entreprise. Son père l’avait aussi désigné bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie de 120 000 euros, alimenté par des versements réguliers depuis ses 50 ans.
Nous avons d’abord vérifié que le contrat ne pouvait pas être remis en cause. Les versements étaient modestes et réguliers, sans gros apport en fin de vie. Le risque de primes manifestement exagérées était donc faible. Toutes les primes ayant été versées avant 70 ans, le capital restait sous l’abattement de 152 500 euros.
Notre client a renoncé à la succession et perçu les 120 000 euros, sans droits à payer. Les créanciers de son père n’avaient aucun droit sur ce capital. Nous avons aussi anticipé un point souvent oublié : depuis 2007, les enfants d’un renonçant viennent à la succession à sa place, selon l’article 754 du code civil. Ses deux enfants mineurs ont donc renoncé à leur tour, avec l’autorisation du juge des tutelles exigée par l’article 387-1. [Cas à faire valider par Me Suella ou Me de la Bouillerie, puis retirer cette mention.]
Questions fréquentes sur l’assurance-vie hors succession
Le capital doit-il figurer dans la déclaration de succession ?
Non, pour les primes versées avant 70 ans : l’assureur applique lui-même le prélèvement de l’article 990 I. Les primes versées après 70 ans doivent en revanche être déclarées dans la déclaration de succession, pour la part qui dépasse 30 500 euros.
Le notaire s’occupe-t-il de l’assurance-vie ?
Non, l’assureur verse le capital directement au bénéficiaire, sans attendre la fin de la succession. Le notaire doit toutefois connaître les contrats, pour vérifier les primes versées après 70 ans et repérer d’éventuelles primes exagérées. Pour savoir si l’on est bénéficiaire, le service de recherche de l’AGIRA peut être saisi gratuitement.
Peut-on renoncer à la succession et garder l’assurance-vie ?
Oui, car le capital ne fait pas partie de la succession. C’est une solution courante quand le défunt laisse plus de dettes que de biens. Les héritiers réservataires peuvent toutefois agir contre le bénéficiaire renonçant si les primes étaient manifestement exagérées.
Les créanciers du défunt peuvent-ils récupérer le capital ?
Non, sauf pour les primes manifestement exagérées. L’article L132-14 du code des assurances leur interdit de réclamer le capital. Ils peuvent seulement obtenir le remboursement de ces primes excessives.
Que se passe-t-il si le bénéficiaire refuse le capital ?
Le capital revient au bénéficiaire suivant prévu par la clause. À défaut, il tombe dans la succession du souscripteur et suit les droits de succession ordinaires. D’où l’intérêt d’une clause qui prévoit plusieurs rangs de bénéficiaires.
Un contrat luxembourgeois est-il concerné par le PLF 2027 ?
Seulement s’il ne remplit pas les trois conditions du projet. Un contrat étranger alimenté en argent, investi sur des supports classiques et sans titres familiaux ne serait pas touché. Un contrat qui a reçu des titres ou qui détient ceux de la société familiale devrait être vérifié avant le 1er juillet 2027.
Ce qu’il faut retenir
Le capital d’une assurance-vie échappe en principe à la succession, mais pas dans tous les cas. Des primes exagérées, une clause contestable ou l’absence de bénéficiaire suffisent à le ramener dans le partage. À partir du 1er juillet 2027, un contrat non conforme aux nouvelles règles perdrait aussi son avantage fiscal, si le projet est adopté.
Le contrat doit donc être relu au même titre qu’un testament. Les contrats oubliés posent un autre problème. Le ministère de l’Économie explique comment retrouver une assurance-vie en déshérence grâce aux services Ciclade et AGIRA.




