Besoin de plus de renseignements ?
- Étape 1 : Évaluer la situation avant d’agir
- Étape 2 : Mener les entretiens individuels
- Étape 3 : Organiser la rencontre entre les parties
- Cas pratique : le binôme qui ne se parlait plus
- Étape 4 : Savoir passer le relais
- Étape 5 : Prévenir les conflits dans la durée
- Parole d’avocats : Le choc entre management ancien modèle et nouvelles attentes
- Conclusion
Un conflit éclate dans votre équipe et menace l’expérience collaborateur. Que faire concrètement ? Ce guide propose une méthodologie pas à pas pour intervenir efficacement, du premier signal d’alerte jusqu’à la résolution. Les outils présentés ici sont directement applicables sur le terrain.
Étape 1 : Évaluer la situation avant d’agir
La précipitation est l’ennemi d’une bonne gestion de conflit. Prenez le temps d’analyser avant d’intervenir.
Les questions à se poser immédiatement
Face à un conflit apparent, résistez à l’envie d’agir sur-le-champ. Quelques minutes de réflexion évitent des semaines de complications.
Check-list d’évaluation rapide :
- Qui sont les protagonistes directs ?
- Depuis quand la tension existe-t-elle ?
- Y a-t-il eu un incident déclencheur récent ?
- D’autres personnes sont-elles impliquées ou affectées ?
- Suis-je moi-même partie au conflit ?
- Y a-t-il un risque immédiat (violence, harcèlement, santé) ?
Si vous répondez oui à l’avant-dernière question, vous ne pouvez pas jouer le rôle de médiateur. Escaladez vers votre hiérarchie ou les RH.
Si vous répondez oui à la dernière question, l’intervention est urgente. Séparez les personnes si nécessaire et alertez immédiatement.
Identifier la nature du conflit
Tous les conflits ne se traitent pas de la même façon. La typologie des conflits distingue plusieurs catégories qui appellent des réponses différentes.
| Type de conflit | Caractéristiques | Approche recommandée |
|---|---|---|
| Conflit de tâche | Désaccord sur le travail à faire | Clarification, arbitrage si nécessaire |
| Conflit relationnel | Tensions interpersonnelles | Médiation, travail sur la communication |
| Conflit de valeurs | Divergences profondes sur ce qui est acceptable | Dialogue approfondi, parfois irrésoluble |
| Conflit structurel | Organisation qui génère la friction | Action sur l’organisation, pas sur les personnes |
Un conflit qui ressemble à un problème de personnes est souvent un problème d’organisation. Deux collaborateurs aux périmètres flous entrent forcément en collision. Traiter les personnes sans clarifier l’organisation ne fait que déplacer le problème.
Rassembler les éléments factuels
Avant toute intervention, constituez un dossier factuel. Les perceptions sont subjectives. Les faits sont vérifiables.
Éléments à collecter :
- Mails ou messages échangés entre les parties
- Dates des incidents rapportés
- Témoignages de collègues témoins (avec leur accord)
- Éventuels précédents documentés
- Éléments de contexte (charge de travail, changements récents)
Ne portez pas de jugement à ce stade. Vous collectez des informations, pas des preuves à charge.
Étape 2 : Mener les entretiens individuels
Les rencontres individuelles constituent le cœur de votre intervention. Elles doivent être préparées avec soin.
Préparer l’entretien
Choisissez un lieu neutre et confidentiel. Évitez votre bureau si vous y recevez habituellement pour des recadrages. L’espace physique influence le climat de l’échange.
Prévoyez suffisamment de temps. Un entretien tronqué par un autre rendez-vous laisse un goût d’inachevé. Comptez au minimum 45 minutes, idéalement une heure.
Annoncez clairement l’objet de la rencontre : « Je souhaite qu’on parle de la situation avec [nom]. Mon objectif est de comprendre ce qui se passe et de voir comment améliorer les choses. »
Conduire l’entretien : la technique du funnel
Commencez large puis resserrez progressivement. Cette technique évite que le collaborateur se mette en position défensive dès le départ.
Phase 1 – Ouverture large (10 min)
- « Comment ça se passe pour toi en ce moment dans l’équipe ? »
- Laissez parler sans interrompre
- Notez les thèmes qui émergent
Phase 2 – Focalisation (15 min)
- « Tu as mentionné des tensions avec [nom]. Peux-tu m’en dire plus ? »
- Questions ouvertes : quoi, comment, quand
- Évitez les « pourquoi » qui mettent en accusation
Phase 3 – Approfondissement (15 min)
- « Qu’est-ce que tu attends de [nom] ? »
- « Qu’est-ce qui te permettrait de mieux travailler avec lui/elle ? »
- Faites émerger les besoins derrière les positions
Phase 4 – Conclusion (5 min)
- Reformulez ce que vous avez compris
- Annoncez la suite : « Je vais aussi rencontrer [nom] »
- Ne promettez pas de résultat spécifique
Ce qu’il ne faut jamais faire en entretien
Les erreurs qui sabotent l’intervention :
- Prendre parti : « C’est vrai qu’il/elle est difficile »
- Minimiser : « Ce n’est pas si grave, ça va passer »
- Promettre la confidentialité absolue : vous devrez peut-être partager certains éléments
- Proposer des solutions avant d’avoir compris le problème
- Comparer avec l’autre partie : « L’autre m’a dit que… »
Étape 3 : Organiser la rencontre entre les parties
Si les entretiens individuels révèlent une possibilité de dialogue, une rencontre peut être organisée. Ce n’est pas toujours pertinent.
Décider s’il faut réunir les parties
Une rencontre n’est utile que si certaines conditions sont réunies.
Organiser la rencontre si :
- Les deux parties souhaitent résoudre la situation
- Le niveau de tension permet un échange constructif
- Des pistes de solution ont émergé des entretiens individuels
- Vous êtes en mesure de tenir le cadre
Ne pas organiser la rencontre si :
- Une partie refuse catégoriquement
- Le niveau d’hostilité est trop élevé
- Des faits de harcèlement sont allégués (procédure spécifique requise)
- Vous êtes vous-même impliqué dans le conflit
Poser le cadre de la réunion
Le cadrage initial détermine le succès de la rencontre. Annoncez les règles du jeu avant de donner la parole.
Script d’ouverture suggéré : « Merci d’avoir accepté cette rencontre. Mon objectif est que vous puissiez vous exprimer tous les deux et qu’on trouve ensemble des pistes pour améliorer votre collaboration.
Quelques règles pour que ça fonctionne :
- Chacun parle à son tour sans être interrompu
- On s’adresse directement à l’autre, pas à moi
- On parle de faits et de ressentis, pas d’accusations
- Ce qui se dit ici reste confidentiel
[Prénom 1], je te propose de commencer. Qu’est-ce qui est important pour toi dans cette situation ? »
Faciliter l’échange sans prendre parti
Votre rôle est de fluidifier la communication, pas de trancher.
Techniques de facilitation :
- Reformuler : « Si je comprends bien, tu dis que… »
- Recadrer : « On s’éloigne du sujet, revenons à… »
- Faire le pont : « J’entends que vous avez tous les deux besoin de… »
- Temporiser : « Je sens que la tension monte. On fait une pause de 5 minutes ? »
Signaux d’alerte nécessitant une interruption :
- Ton qui monte significativement
- Attaques personnelles répétées malgré les recadrages
- Larmes ou signes de détresse
- Refus de continuer d’une des parties
Cas pratique : le binôme qui ne se parlait plus
Le contexte : Amélie et Thomas travaillent sur le même projet depuis trois mois. Leur collaboration était fluide au départ. Depuis quelques semaines, ils ne se parlent plus que par mail, les réunions projet sont tendues, des erreurs de coordination apparaissent.
L’évaluation : Le manager, Nathalie, observe la situation depuis une semaine. Pas de risque immédiat, mais la qualité du projet se dégrade. Elle décide d’intervenir.
Les entretiens individuels :
- Amélie explique que Thomas prend des décisions unilatérales sur des sujets qui la concernent. Elle se sent court-circuitée et dévalorisée.
- Thomas considère qu’Amélie bloque toute initiative par des demandes de validation systématiques. Il se sent bridé dans son travail.
L’analyse : Nathalie identifie un conflit structurel. Les périmètres respectifs n’ont jamais été clarifiés. Chacun a une vision différente de qui décide quoi. Les personnes ne sont pas en cause, l’organisation l’est.
La rencontre : Nathalie réunit Amélie et Thomas. Après avoir posé le cadre, elle leur fait exprimer ce dont chacun a besoin pour bien travailler. Elle note :
- Amélie a besoin d’être informée et consultée sur les décisions techniques
- Thomas a besoin d’autonomie pour avancer sans attendre des validations
La résolution : Ensemble, ils définissent une matrice de décision : quels sujets Thomas peut trancher seul, lesquels nécessitent une concertation, lesquels remontent à Nathalie. Cette clarification suffit à faire retomber la tension. Un point hebdomadaire de 15 minutes est instauré pour coordonner les sujets à la frontière.
Le suivi : Nathalie fait un point individuel avec chacun après deux semaines, puis après un mois. La collaboration est redevenue fluide.
Étape 4 : Savoir passer le relais
Le manager n’est pas toujours le bon intervenant. Reconnaître ses limites est une compétence.
Quand escalader vers les RH ou la direction
Certaines situations dépassent le périmètre du manager.
Escalader si :
- Allégations de harcèlement moral ou sexuel : procédure d’enquête obligatoire
- Conflit impliquant le manager lui-même
- Situation qui nécessite une décision de sanction
- Conflit révélant un dysfonctionnement organisationnel nécessitant une décision de direction
- Risque juridique identifié
La responsabilité de l’employeur impose de traiter certaines situations selon des procédures spécifiques. Un harcèlement moral au travail suspecté déclenche des obligations légales.
Quand faire appel à un médiateur professionnel
Certains conflits nécessitent une expertise que le manager ne possède pas.
Recourir à la médiation si :
- Le conflit dure depuis longtemps et s’est enkysté
- Les tentatives de résolution internes ont échoué
- Les enjeux émotionnels sont très forts
- Une neutralité absolue est nécessaire
- Les parties le demandent
Le réseau de médiateurs en entreprise offre cette ressource externe. Proposer une médiation n’est pas un aveu d’échec mais une reconnaissance que la situation nécessite des compétences spécifiques.
Étape 5 : Prévenir les conflits dans la durée
La meilleure gestion de conflit est celle qui évite qu’il n’éclate.
Les pratiques managériales préventives
Routines à instaurer :
- Points individuels réguliers (minimum mensuel) avec questions ouvertes sur le vécu
- Réunions d’équipe avec un temps dédié à l’expression des difficultés
- Clarification explicite et régulière des rôles et des périmètres
- Feedback positif aussi fréquent que le feedback correctif
Postures à cultiver :
- Accessible : les collaborateurs doivent savoir qu’ils peuvent venir vous voir
- Attentif : observer les dynamiques d’équipe, pas seulement les résultats
- Réactif : intervenir dès les premiers signaux, ne pas laisser pourrir
- Équitable : traitement cohérent de tous les membres de l’équipe
Créer une culture où le désaccord s’exprime
Les conflits destructeurs naissent souvent du silence. Une équipe où l’on peut exprimer ses désaccords gère mieux ses tensions.
Distinguez le désaccord (constructif) du conflit (destructeur). Le premier confronte des idées, le second attaque des personnes. Encouragez le premier pour éviter le second.
Parole d’avocats : Le choc entre management ancien modèle et nouvelles attentes
Un manager nous consulte, déstabilisé par une équipe jeune qui refuse le présentéisme systématique. Il nous confie : « Ils font leur travail, mais pas comme moi je l’ai fait. »
Le conflit ne porte pas sur la compétence, mais sur la représentation du travail.
Le manager n’est pas remis en cause juridiquement, mais culturellement.
Conclusion
La gestion des conflits est une compétence managériale qui s’apprend et se pratique. Ce guide propose une méthodologie structurée : évaluer, écouter, faciliter, et savoir passer le relais quand nécessaire. Un audit de climat social est parfois nécessaire pour juger de la situation interne en profondeur et éviter une situation de turnover complexe.
Les conflits interpersonnels en entreprise ne disparaîtront jamais. Mais un manager qui maîtrise ces techniques les résout avant qu’ils ne causent des dégâts. Et quand la situation dépasse ses compétences, il sait vers qui se tourner pour obtenir l’aide nécessaire.




